Souvenirs …

Une ouverture à Charmes

J.A. Lebeau

Décembre 1952

En un site enchanteur, il est une jolie petite ville des Vosges dont le nom évoque en moi comme une clarté dans mes souvenirs déjà un peu confus de la Grande Guerre : Charmes.

Blessé à Verdun, évacué sur Vadelaincourt, j’ai la chance, un matin, de faire partie d’un convoi dirigé sur l’hôpital auxiliaire de Charmes. Oui, la chance, car, dans la soirée même, l’ambulance que je viens de quitter est en partie détruite par l’aviation allemande.

Lire la suite

Truite de mer et truite saumonée

Lartigue

Avril 1952

La truite commune (Salmo Fario) présente de nombreuses variations de robe selon son habitat et comprend plusieurs races différentes, tout comme dans l’espèce « vache » ou dans l’espèce « chien » il existe de nombreuses races locales.

truite de mer

Dans les ruisseaux, et surtout dans les ruisseaux granitiques de montagne, la truite est de petite taille, jaunâtre, avec des points noirs et de nombreux points rouges.

Lire la suite

L'épicéa contre la truite.

A. Soulillou.

Novembre 1952.

Il  existe en France, au château de Bois-Corbon, près de Saint-Leu-la-Forêt, dans la forêt de Montmorency, une école de gardes-pêche.

fôret de montmorency CC Pierre Metivier

Le garde-pêche a pour mission de défendre le vivier national que constituent rivières et fleuves, lacs et étangs. Il le défend contre les braconniers. Il doit veiller aussi au maintien et au développement du cheptel ichtyologique. Il devient alors conseil en pisciculture. Les temps modernes, avec leurs industries chimiques, ont accru considérablement les ennemis du poisson que sont les éléments de pollution des eaux.

Lire la suite

La Truite albinos …

… et les lois de hérédité.

Delaprade,

Juillet 1952.

Les individus albinos existent dans bien des espèces animales. L’albinisme, on le sait, consiste en l’absence de couleur, notamment dans la peau, les cheveux et les poils, caractère souvent accompagné d’absence de couleur foncée dans les yeux, qui prennent une teinte rougeâtre.

albinos

Dans l’espèce humaine, l’enfant, l’adolescent albinos a un teint pâle et blafard, les cheveux et les sourcils d’un blond incolore, les yeux légèrement striés de rouge. On connaît des variétés albinos fixées chez le lapin, la souris, le cobaye ; le merle blanc lui-même, malgré sa rareté, est un cas d’albinisme particulièrement net. Mais ce que peu de pêcheurs savent, c’est qu’il existe en France une variété albinos de truites arc-en-ciel : leurs reproducteurs se trouvent en captivité à la pisciculture domaniale de Thonon sur les bords du lac Léman. Dans les bassins cimentés de cette pisciculture, on peut admirer l’évolution de poissons incolores avec des yeux rouges, assez semblables, à première vue et dans l’eau, soit à de gros poissons, non point rouges, mais décolorés, soit, plutôt, à des ides mélanotes ou orfes. Mais il s’agit bien de truites dont la race albinos a été créée, isolée et maintenue pure depuis 1925 par Kreitman.

Lire la suite

Les rongeurs aquatiques.

Delaprade,

Mars 1952.

Ragondins et Rats musqués.

La faune des rongeurs aquatiques français se compose actuellement de quatre espèces : deux indigènes et deux importées ; une cinquième espèce, celle-là indigène, est en voie d’extinction, malgré la protection active dont elle est l’objet ; c’est celle des castors.

big-maladies04

Les castors se maintiennent encore dans quelques coins isolés de la partie basse du Rhône et de l’Ardèche, et cependant ce bel animal habitait encore au Moyen Âge presque toutes les rivières de France ; on l’appelait en vieux français « le bièvre », et ce nom se retrouve encore dans bien des rivières françaises, et notamment la petite rivière qui passe près de Versailles et se jette dans la Seine à Paris, près de la gare d’Austerlitz.

Lire la suite

La pêche du black-bass

Delaprade,

Octobre 1952.

J’ai fait ici même, il y a deux ans, une chronique sur le black-bass. Il me semble utile de revenir sur cet intéressant vorace qui s’implante de plus en plus et est très demandé par les pêcheurs sportifs.

Il est bien entendu qu’en France il ne s’agit que du black-bass à grande bouche (Hurosalmoïdes), poisson qui, comme le brochet, est exclusivement carnassier. On ne le trouve que dans les basses rivières de plaine à eau courante lente et pourvues de lônes calmes, ou dans les lacs et les étangs à eau tiède et bien enherbée.

Lire la suite

Petits poissons

Paul Molyneux,

Mars 1952.

daumeray-panneau

J’aime bien être en règle avec le garde-pêche ; aussi, chaque fois qu’un arrêté modifie la « taille légale minima » au-dessous de laquelle il est interdit de conserver les malheureux poissons qui se pendent à notre ligne, je l’apprends par cœur, avec toute l’application d’un gosse devant sa table de multiplication.

Lire la suite

Le papillonnage.

Marcel Lapourré

Délégué au Fishing-club de France

Septembre 1952

La cuiller étant le leurre par excellence de tous les lanceurs de ferblanterie, il convient de lui consacrer, de temps à autre, quelques lignes pour l’édification des nouveaux adeptes.

cuillere

Je sais bien que plus de la moitié des lanceurs « léger » pèchent avec n’importe quelle cuiller, et n’importe comment, qu’ils parviennent même à accrocher quelques voraces, longs comme le doigt, et qu’ils conservent, hélas !

Lire la suite

Le pou du poisson

Delaprade,

Décembre 1952.

pou du poisson

C’est un parasite externe des poissons assez fréquent et que tout pêcheur est susceptible de rencontrer. C’est ainsi que, l’an dernier, j’ai péché au lac de Biscarosse un beau panier de perches allant de une demi-livre à une livre et demie, dont plus de la moitié portaient quelques-uns de ces parasites collés sur leurs écailles et leur rostre enfoncé dans la chair des poissons.

L’argule n’est pas un insecte, comme sa forme pourrait le faire croire, mais bien un petit crustacé, très déformé par sa vie parasitaire. Il a la forme d’un disque assez plat prolongé par deux nageoires de petite taille et portant, sur les côtés cinq paires de pattes, dont quatre aux extrémités plumeuses. Ce disque a un diamètre qui va de 2 à 8 millimètres ; il est donc parfaitement visible à l’œil nu, bien que de teinte générale translucide. On trouve à l’avant deux yeux noirs en forme de petites taches rondes. Si on le retourne, on aperçoit deux forts crochets qui lui servent à se fixer sur le corps du poisson. En dessous des yeux et un peu plus bas que les deux crochets, sont placées deux ventouses circulaires extrêmement puissantes. Ainsi, l’argule se colle à sa victime à la fois par ses crochets et par ses ventouses ; il est d’ailleurs assez difficile de le décoller. Près de la bouche en forme de trompe se trouve un rostre très puissant et pointu qui lui sert à percer sa victime jusqu’au sang. Dans le trou fait par le rostre, l’argule peut ainsi se nourrir par succion en introduisant sa trompe. À part la première paire de pattes dont l’extrémité est munie de crochets, les quatre autres paires sont pourvues de palmes qui lui servent à nager ; l’argule peut ainsi, lorsqu’un poisson passe à sa portée et reste tant soit peu immobile, nager vers lui et se cramponner. Il y a lieu de remarquer que le rostre qui lui sert à piquer son hôte communique avec une glande à venin qui intoxique plus ou moins le malheureux poisson. Le poisson, d’ailleurs, semble ressentir vigoureusement les piqûres de son parasite ; dans les aquariums, où il est très fréquent, on voit le poisson chercher à se débarrasser de lui en se frottant entre les cailloux du fond ou les solides immergés ; il est d’ailleurs bien rare qu’il parvienne à s’en débarrasser, il ne fait, le plus souvent, qu’aggraver les blessures qui lui sont faites. L’argule, d’ailleurs, n’est pas un parasite permanent : dès qu’il est gavé, il abandonne son hôte et va se reposer sur des végétaux aquatiques.

L’argule est surtout fréquent dans les eaux dormantes. On peut aussi le rencontrer dans des eaux assez courantes et même dans les rivières à truites à cours point trop rapide.

L’espèce de loin la plus répandue est l’argule foliacé, qui est surtout fréquent dans les eaux de deuxième catégorie. On l’a trouvé sur le gardon, la carpe, la tanche, le brochet et la perche. Certains auteurs prétendent qu’il a une préférence pour les poissons à l’allure lente, tels que les carpes et les tanches. Personnellement, je l’ai surtout observé sur les perches. On trouve aussi l’Argulus coregoni, dont le diamètre arrive au double de l’autre argule, et qui attaque les salmonidés, truites, corégones et ombres.

L’argule, lorsqu’il est isolé, nage de façon saccadée ; grâce à la position de ses quatre paires de pattes lui servant de nageoires, il se déplace aussi bien horizontalement que verticalement.

Il est très fécond et se reproduit surtout pendant la belle saison. Il pond sur les végétaux aquatiques et les pierres quelques centaines d’œufs qui éclosent au bout de trente jours. Les jeunes argules peuvent se reproduire deux mois après l’éclosion. Comme chaque femelle peut pondre plusieurs fois par an, on conçoit que, dans une pièce d’eau, sa pullulation à la fin de l’été puisse être prodigieuse.

Ses inconvénients sur le poisson sont graves. Les alevins succombent rapidement, tant par amaigrissement et perte de substances que par l’action physiologique défavorable du venin et des maladies secondaires qui se greffent sur les plaies et plus spécialement la mousse. Sur les poissons de forte taille, son action est peut être moins nocive, mais, dans un étang, le poisson couvert d’argules est toujours déprécié.

Il est peu de remèdes pour le combattre dans la nature. Dans les pièces d’eau libre, on conseille bien de mettre des fagots contre lesquels le poisson pourra se frotter pour s’en débarrasser : le remède ne vaut guère mieux que les grattoirs autrefois distribués aux galeux dans les hôpitaux militaires. Dans les étangs que l’on peut vider pour la pêche, on peut soigner les poissons atteints avant de les mettre en vente en les immergeant dans des bacs contenant une solution de lysol au 5/1.000, soit 2 centimètres cubes par litre. Il ne faudra surtout pas dépasser cette dose, au delà de laquelle le poisson serait tué. Les sujets argulés seront mis dans une épuisette à grandes mailles et plongés au plus cinq secondes dans le bain indiqué. Immédiatement après, les poissons seront mis dans un bassin d’eau pure et si possible courante. Les argules, très fortement attaqués par le lysol, tombent dans l’eau courante et périssent au fond. S’il s’agit de reproducteurs que l’on tient spécialement à garder, on peut soit les épouiller un à un, soit, de préférence, pour éviter les plaies formées par l’expulsion de force des parasites, toucher chaque argule avec la solution indiquée de lysol ; mais, je le répète, on n’oubliera pas que le lysol est un redoutable toxique du système nerveux.

Dans les étangs de pisciculture, il faudra mettre soigneusement le fond en assec pendant tout l’hiver. S’il s’agit de bassins à truites ou de viviers, l’assèchement devra durer au moins un mois pour interrompre le cycle des parasites.

Enfin, à l’empoissonnement des étangs, on évitera soigneusement de mettre des poissons argulosés.

Dans les eaux libres, à part les fagots-grattoirs dont j’ai parlé plus haut, le seul remède consistera à introduire des vairons qui, paraît-il, mangent les argules ; il est de fait qu’il n’a jamais été trouvé de vairons portant d’argules.

Nous sommes donc assez désarmés pour lutter en eau libre contre ce parasite.

La sortie.

Marcel Lapourré,

Délégué du Fishing-Club de France.

Avril 1952.

lasortie

La gent aquatique obéit à des directives impérieuses que lui imposent l’instinct et l’atavisme ; les pêcheurs sachant observer ont pu se rendre compte qu’elles sont immuables, à tel point que, depuis plusieurs années, un ichtyologiste averti a pu déterminer à quelles heures de la journée les truites se mettaient en chasse. Il a condensé ses observations dans un recueil qu’il a nommé : Tables solunaires de Knight.

Il faut leur reconnaître, sinon une rigoureuse exactitude, une valeur certaine, précieuse en bien des cas. Personnellement, car je me fie surtout à mon expérience, j’ai pu me rendre compte qu’elles m’avaient permis d’être au bon moment sur la rivière.

Cependant, tous les confrères n’ont pas pour se guider de telles précisions, soit qu’ils demeurent sceptiques à leur égard, soit qu’ils les ignorent.

En règle générale, la truite et l’ombre connaissent, à certains moments de la journée, un besoin impérieux de se nourrir : à l’aube, vers midi et le soir, au crépuscule ; il est curieux d’observer que toutes les truites de la rivière semblent obéir, au même moment, au même ordre, et cessent de même, toutes à la fois, de s’intéresser aux insectes.

Trois fois par jour ? Comme les humains, alors, dira-t-on.

Eh oui ! quoique ce ne soit peut-être qu’une coïncidence ; sait-on jamais ?

Je suis bien certain que les vieux coureurs de rivières, les pêcheurs chevronnés seront d’accord avec moi pour situer à ces heures-là leurs plus grandes chances de captures.

Il n’est tel, voyez-vous, que la pratique pour se faire une idée exacte du comportement des poissons, et toutes les causeries, tous les grimoires et tous les conseils ne sont que des guides, sans plus. S’ils évitent, parfois, les déboires désespérants de l’initiation, ils ne peuvent, en aucun cas, les supprimer radicalement, sans de persévérants essais.

Essayons donc de guider nos jeunes confrères vers les abords du succès.

La nuit a été très noire, la truite n’a pu trouver toute la nourriture qu’elle escomptait pour calmer sa faim et … voilà l’aube.

Les éphémères tombés à l’eau pendant la nuit flottent en surface, les ailes à plat, morts d’épuisement après la ponte crépusculaire, ou peut-être aussi parce qu’arrivés au stade final de leur existence précaire.

L’un après l’autre, ils sont happés goulûment, sans hésitation ni méfiance, dans le calme et le silence ambiants.

Le pêcheur à la mouche sèche ou noyée, connaissant bien son affaire, est certain de faire des victimes, en truites moyennes surtout, car les grosses, plus méfiantes, ont regagné leur repaire, dès les premières heures du jour.

Si la manne a été abondante pendant la nuit, l’appétit du poisson sera vite calmé, et, seuls, quelques affamés continueront leur chasse plus avant.

Nous ne compterons guère, à ce moment, faire des merveilles, sauf exception, évidemment.

Puis, vers midi, les « ronds » se reforment à la surface ; de-ci de-là, tels de minuscules voiliers, les gracieux éphémères, bien vivants ceux-là, leurs ailes diaphanes dressées verticalement sur leur corps filiforme, voguent, s’envolent, se reposent en un incessant carrousel vibrant et varié.

C’est le moment, c’est un des moments, de la mouche sèche, très petite et flottant bien.

Une extrême finesse du bas de ligne est indispensable, et, si le soleil brille, vous vous trouverez bien de frotter vos racines, avant la pêche, avec une feuille d’oseille pour en atténuer le brillant. Précaution superflue ? Minutie exagérée ? Mais, là plus qu’ailleurs, nous pourrons dire : « Qui veut la fin veut les moyens. »

Je vous conseille de n’émettre une opinion péremptoire qu’après avoir constaté le résultat de cette petite opération.

Les montées ne durent pas à ce moment de la journée ; rarement une demi-heure, laquelle suffit parfois à faire un panier présentable.

La truite paraît s’offrir un lunch plutôt qu’un repas substantiel.

Puis c’est le calme pour tout l’après-midi.

Le vrai pêcheur se reposera lui aussi ; il ira déjeuner, car je suppose bien qu’il n’aura pas commis cette hérésie halieutique de s’approcher du restaurant ou de la voiture autour de midi ; il serait alors impardonnable.

Et c’est le soir !

Le soleil baisse à l’horizon, c’est l’heure des grandes ombres ; l’heure des émotions fortes s’approche.

Petit à petit les ronds se précisent, deviennent plus nombreux et, bientôt, de toutes parts les truites moucheronnent.

Ne vous pressez pas ; identifiez les insectes qui passent autour de vous, cherchez à reconnaître l’essaim nuptial qui monte et descend sans arrêt, dans la poussière dorée du soleil qui décline, en une sarabande ininterrompue.

Ce moment du crépuscule est bien caractéristique, les soirs de beau temps ; partout, éphémères, sedges ou phryganes s’abattent sur l’eau, pondent et meurent.

Quel régal pour la truite !

À mesure que l’obscurité descend, les gros insectes s’avèrent plus nombreux ; peut-être parce qu’on ne voit plus les petits.

Seuls, paraissent encore, dans le bal, les gros sedges, les bizarres phryganes, les agrions, et leurs chutes ponctuent la surface de l’eau.

Attention ! les grosses truites, les matrones prudentes et malignes en diable se sont risquées en pleine eau et prennent leur large part au banquet de la nature.

Du bout des lèvres, sans aucun bruit, d’une succion précise, elles aspirent l’insecte, ridant à peine l’eau ; contrairement à leurs jeunes sœurs qui bondissent pour retomber, tête première, sur leur proie, les grosses bêtes agissent en pirates avisés et avertis.

Pensez toujours que les petits ronds sont généralement produits par les plus grosses truites, et que le ferrage doit être instantané sur tout tourbillon où vient de disparaître votre mouche.

Ce ferrage doit être la conséquence d’un réflexe. Exercez-vous sur les ablettes, critérium certain d’un apprentissage poussé à fond.

La nuit est venue ! L’heure légale est passée ! Quel dommage ! Le panier serait vite plein …

Hélas ! il nous faut céder la place aux braconniers, si nous ne voulons pas nous-même être assimilé à un vil pirate, pour pêche de nuit.

Glissons sur ce terrain, ce sera préférable.

Tout ce que je viens d’écrire ne représente que des idées générales, soumises à bien des modifications.

Ainsi, lorsqu’il pleut légèrement, surtout au printemps, par une de ces journées basses et tièdes, ne quittez pas la rivière, abstenez-vous même de manger, si réellement vous êtes un « vrai de vrai » ; vous aurez des touches à tout moment, surtout en mouche noyée.

Lorsqu’il neige — mais non quand l’eau est polluée par la neige — ne croyez pas que c’est une certitude d’insuccès ; loin de là ! L’ombre paraît excité par les flocons, et de toutes petites mouches, de couleurs vives, seront acceptées avec empressement ; la truite aussi sera mise en appétit.

Et pourquoi ? Il est à supposer que nos deux étourdis, se précipitant sur le flocon dès son contact avec la surface, sont tout étonnés de le voir disparaître dès qu’il a touché l’eau. Nos mouches restant seules visibles, c’est sur elles qu’elles attaquent sans hésitation.

D’ailleurs, dès que cessera la chute de neige, nos mouches seront dédaignées.

Par orage, avec accompagnement de coups de tonnerre, il est inutile de pêcher, mais, si l’eau reste limpide, après le déluge, truites et ombres se remettront en chasse.

Pour terminer, je dirai que mon bavardage n’empêchera pas les confrères atteints du virus halieutique de faire voltiger leurs mouches à longueur de journée, sans autre considération que les beaux lancers élégants et précis, dans un décor de rêve et un calme reposant.

Hybridation en pisciculture

Delaprade,

Juin 1952.

Sélection_001

Si la fécondation artificielle est bien connue chez certains poissons tels que le brochet et les salmonidés, il y a deux problème biologiques assez mal connus de la grande majorité des pêcheurs et des pisciculteurs : celui de l’hérédité et celui de l’interfécondation entre espèces voisines. Ces problèmes sont généraux pour les éleveurs qui, en France, malheureusement, agissent trop souvent par routine, par flair ou par hasard, sans connaître les lois de l’hérédité qui sont à base de l’interfécondation.

Ces lois de base sont les lois de Mendel, le moine tchèque génial qui les a exprimées il y a près de deux siècles. En France, le grand maître de l’étude de l’hérédité et de l’évolution est le professeur Cuénot, décédé l’été dernier. L’étude de ses livres, bien que parfois assez ardue, s’impose à tous les généticiens.

Revenons à nos poissons et prenons la famille de salmonidés qui renferme des espèces très voisines. La fécondation artificielle chez les salmonidés est au point depuis assez longtemps pour que de nombreux essais de fécondation entre espèces voisines aient été tentés. Les espèces de salmonidés susceptibles, en France, de s’interféconder sont : le saumon de fontaine, la truite commune, l’omble chevalier, le saumon et la truite arc-en-ciel.

Définissons tout d’abord l’espèce : c’est l’ensemble des individus capables de se reproduire entre eux en donnant des produits féconds. Parmi les chiens, des races aussi différentes que le lévrier, le Saint-Bernard, le Pékinois ou le Basset peuvent s’accoupler et donner des enfants qui peuvent se reproduire entre eux indéfiniment ; aussi différente que soit l’espèce « chien » dans ses formes, c’est donc bien une espèce selon notre définition. Le cheval et l’âne, bien que certainement plus semblables entre eux par leur aspect extérieur qu’un Basset peut l’être d’un lévrier, sont des espèces différentes, car s’ils peuvent se croiser entre eux, leur produit (le mulet ou bardot) est infécond.

En matière de croisement végétal ou animal dont l’élevage est strictement contrôlé par l’homme, l’obtention de produits inféconds peut être intéressante si, comme cela se produit souvent, l’hybride, même infécond, présente de grandes qualités. C’est le cas du mulet, qui possède la sobriété et la rusticité de l’âne alliées à la force du cheval. C’est là d’ailleurs un cas général qui s’apparente au phénomène de l’hétérosis, bien connu des généticiens, que des races de la même espèce, les plus différentes possible et capables de s’accoupler, donne des produits doués de grandes qualités.

Revenons à nos poissons et plus exactement à nos salmonidés. Le sperme de saumon mâle est incapable de féconder des œufs de truite femelle et, au contraire, le sperme de truite mâle peut féconder dans une proportion de 50 p. 100 les œufs de saumon, mais donne un produit qui, selon les travaux de Demoll et Steinmann, serait infécond. En ce qui me concerne, j’ai réussi à féconder les œufs de saumon femelle avec du sperme de truite mâle avec 30 p. 100 de succès et j’ai obtenu des alevins très vigoureux. Malheureusement, la guerre de 1939 est venue interrompre les essais, et les bacs contenant ces alevins ont été jetés à l’eau sans que je puisse suivre l’évolution des hybrides.

Les diverses races de truites communes (trutta fario), truite de lac, truite de mer et truite de ruisseau, peuvent s’interféconder et la réussite est assurée à bien près de 100 p. 100. Au contraire, l’hybridation truite de ruisseau X truite arc-en-ciel donne des résultats nuls si la truite arc-en-ciel est mâle et la commune femelle, et on arrive à 5 p. 100 d’œufs fécondés si la truite commune est mâle et la truite arc-en-ciel femelle. Il en est de même entre la truite arc-en-ciel femelle et le saumon de fontaine mâle avec 5 p. 100 seulement d’œufs fécondés. Quant au croisement truite commune X saumon de fontaine, le résultat est pratiquement nul : on arrive à peine à féconder 1 œuf sur 2.000. L’hybridation ne réussit avec des résultats quasi certains qu’entre le saumon de fontaine et l’omble chevalier. L’hybride obtenu est fécond. Il est vrai que le saumon de fontaine et l’omble chevalier sont deux espèces très voisines, toute deux du genre Salvelinus et bien plus proches entre elles que ne peut l’être un saumon d’un saumon de fontaine. La question est d’autant plus curieuse que l’omble est un poisson uniquement européen originaire des grands lacs alpins, alors que le saumon de fontaine est originaire des États-Unis et du Canada ; ces deux poissons se sont rencontrés en raison de l’introduction relativement récente que l’on a faite en Europe de saumon de fontaine. Dans le lac de Gaube, au-dessus de Cauterets, où le saumon de fontaine et l’omble chevalier coexistent depuis quelques années, on peut constater l’existence de quelques individus présentant tous les caractères d’un hybride naturel de ces deux espèces. Ce serait là un cas remarquable et peut-être unique.

Un mot sur les méthodes de croisement de sang que pratiquent les pisciculteurs de truites arc-en-ciel. Ils échangent le produit de leurs alevinages, le plus souvent sous forme d’œufs fécondés, ce qui leur donne une nouvelle souche de reproducteurs qu’ils croisent avec leur propre souche. C’est là une excellente pratique au point de vue génétique.

Je résume ci-dessous le tableau d’interfécondation des espèces de salmonidés français :

Saumon femelle X truite mâle = hybride infécond.
Saumon mâle X truite femelle = aucune fécondation des œufs.
Truite X saumon de fontaine = hybride infécond.
Saumon de fontaine X omble chevalier = hybride fécond.
Truite arc-en-ciel femelle X truite de ruisseau mâle = 5 p. 100 d’œufs fécondés.
Truite arc-en-ciel femelle X saumon de fontaine mâle = 5 p. 100 d’œufs fécondés.
Truite de lac femelle X saumon de fontaine mâle = 1 œuf fécondé sur 2.000.
Truite de lac X truite de ruisseau = l’hybridation réussit à 100 p. 100.

Gardes-pêche et procès-verbaux de pêche

Delaprade,

Aout 1952.

garde-pêche

Nombreux sont les agents verbalisateurs en matière de pêche. Dans les parties basses des fleuves et des rivières entre la mer et le point de cessation de salure des eaux, la police relève de l’Inscription maritime et, par conséquent, des gendarmes de la marine, des gardes maritimes et des gens de mer. Dans les canaux et mers canalisées, la police de la pêche dépend des Ponts et Chaussées. Dans tout le reste des eaux douces, c’est-à-dire dans les rivières du domaine public et les rivières particulières, ce sont les Eaux et Forêts qui exercent la police de la pêche, avec, comme agents verbalisateurs, les chefs de district et agents techniques des Eaux et Forêts, ainsi que les gardes-pêche commissionnés des Eaux et Forêts. En outre, les gendarmes et gardes champêtres ont également le droit de dresser procès-verbal. Enfin, tout particulier (propriétaire riverain ou société de pêche) peut mandater un garde particulier qu’il fait assermenter et qu’il charge par écrit de protéger sa propriété ou son lot de pêche.

Nous parlerons ici tout spécialement des gardes commissionnés des Eaux et Forêts qui sont auxiliaires de cette administration et qui sont de création récente puisque leur corps date de 1942. Les gardes-pêche sont payés sur le fonds du permis de pêche qui est géré par le Conseil supérieur de la Pêche, sous le contrôle de l’Administration des Eaux et Forêts. Leur traitement est le même que celui des gardes et brigadiers des Eaux et Forêts. Il y a six classes de gardes et quatre classes de gardes-chefs. Ils perçoivent des frais de tournées, ont une retraite, sont assurés contre les accidents. Leur statut a fait l’objet d’un arrêté ministériel en date du 12 décembre 1947.

Tous les gardes-pêche sont diplômés de l’École des Gardes-Pêche de Bois-Corbon après un stage de formation de six mois, où d’ailleurs les élèves sont payés. Ces gardes-pêche ont les mêmes pouvoirs et attributions que ceux des gardes des Eaux et Forêts, mais ils ont une compétence départementale, c’est-à-dire qu’ils peuvent verbaliser sur tous les cours d’eau du département où ils sont affectés. Leurs pouvoirs sont matérialisés dans leur « Commission », c’est-à-dire un acte écrit du ministère de l’Agriculture leur donnant pouvoir de verbaliser. Ils disposent, en outre, d’une plaque et d’un uniforme que d’ailleurs ils portent rarement pour éviter de se faire remarquer des braconniers.

Lorsqu’un garde-pêche a reconnu un délit, il le constate dans un acte régulier qu’on appelle procès-verbal. Le procès-verbal est entièrement rédigé de la main du garde sur un imprimé fourni par l’Administration. L’agent qui rédige le procès-verbal est présumé légalement avoir dit la vérité ; il appartient au délinquant d’établir la preuve contraire. Une fois rédigé et signé, le procès-verbal doit être enregistré et signé dans les quatre jours qui suivent (art. 47 de la loi de 1829), les dimanches et jours fériés n’étant toutefois pas comptés. Ces procès-verbaux, nous l’avons dit, font foi, jusqu’à preuve contraire s’ils sont signés par un seul garde et jusqu’à inscription de faux s’ils sont signés par deux gardes. Le procès-verbal est ensuite transmis à l’ingénieur des Eaux et Forêts ou des Ponts et Chaussées selon le lieu du délit ; cet ingénieur doit donner une suite dans un délai de trois mois, faute de quoi il y a prescription. Trois suites peuvent être données : l’abandon, la poursuite devant le tribunal et la transaction, qui est un engagement par lequel le délinquant s’engage à verser au percepteur une somme fixée par l’ingénieur afin d’éviter les poursuites.

Les infractions en matière de pêche fluviale sont assez nombreuses et vont du simple délit de pêche aux empoisonnements, en passant par la pêche en temps prohibé et la pêche de poissons de taille non réglementaire.

Le tableau ci-contre que j’ai extrait du « Code de la pêche fluviale », édité par la Pêche indépendante, et où je me suis contenté de calculer les amendes au taux actuel, donne la liste de toutes les infractions de pêche possibles et les amendes totales qui sont appliquées à chaque délit.

Tableau des infractions prévues et des pénalités encourues en matière de pêche fluviale.

  Sélection_008 Sélection_009 Sélection_010 Sélection_011

Circonstances aggravantes.

— a. Pêche de nuit : les peines ci-dessus sont doublées (art. 70 de la loi de 1829).

— b. Récidive : les peines ci-dessus sont doublées (art. 69 de la loi de 1829), et, s’il s’agit d’un délit visé par les articles 24, 27 et 28 de la loi de 1829, un emprisonnement de dix jours peut être prononcé.

On remarquera que, pour chaque délit, le tribunal peut fixer le montant de l’amende entre un minimum et un maximum.

D’autre part, si le délit est composé de plusieurs infractions, les sommes s’ajoutent. Ainsi, un pêcheur verbalisé pour pêche en temps prohibé et sans carte de pêche est passible d’une amende comprise entre 6.000 et 36.000 francs :

Minimum. Maximum.
Pêche en temps prohibé. 3.600 fr. 24.000 fr.
Pêche sans carte. 2.400 — 12.000 —
———— ————
6.000 fr. 36.000 fr.

Un pêcheur, même correct, n’est jamais à l’abri d’une infraction ; il s’agit, le plus souvent, d’une infraction légère ; le mieux pour lui est de laisser le garde-pêche faire son devoir, d’éviter toute altercation et de demander une transaction, qui lui sera sans doute accordée et qui est le plus souvent bien moins élevée que l’amende susceptible de lui être appliquée.