Le papillonnage.

Marcel Lapourré

Délégué au Fishing-club de France

Septembre 1952

La cuiller étant le leurre par excellence de tous les lanceurs de ferblanterie, il convient de lui consacrer, de temps à autre, quelques lignes pour l’édification des nouveaux adeptes.

cuillere

Je sais bien que plus de la moitié des lanceurs « léger » pèchent avec n’importe quelle cuiller, et n’importe comment, qu’ils parviennent même à accrocher quelques voraces, longs comme le doigt, et qu’ils conservent, hélas !

Je sais bien aussi que, si on ne trouve un remède à un tel état de choses, il en sera de la truite comme du brochet, c’est-à-dire qu’elle deviendra de plus en plus rare.

Faire appel à la compréhension des masses, c’est peine perdue, et une sanction très sévère conviendrait certes mieux, en supprimant purement et simplement le droit de pêcher à quiconque ne se conformant pas au règlement.

Il y a cependant des purs du lancer léger, ou de l’extra-léger, qui manient le split de 90 grammes comme une canne à mouche et lancent des leurres ou des appâts de 1 à 2 grammes sur du 12 ou 14/100.

Ils connaissent, ceux-là, toutes les joies que peut procurer cette méthode sportive, délicate et … productive.

Voyons à développer le titre de notre causerie.

Il est donc entendu que la cuiller est un leurre excellent : il peut même être parfait, s’il est conforme à certaines précisions de montage.

La cuiller peut être montée sur étrier ou fixée à son axe par une languette percée et coudée presque à angle droit.

Dans le premier cas, la rotation est certaine, quelle que soit la vitesse de récupération et, même en eau calme, la palette tourne dès le premier coup de manivelle.

Étant absolument libre, sans contact, donc sans frottement avec l’axe, elle prend malheureusement une fâcheuse position : elle tend à s’écarter de plus en plus vers l’extérieur en adoptant parfois une tenue presque perpendiculaire audit axe.

Je m’empresse de dire que, à mon avis — pour ne froisser personne — elle n’est plus guère attirante ; elle brasse l’eau, ce qui est fort bien, mais devient, visuellement, par trop turbulente, jouant le rôle d’un épouvantail.

Si elle est de petites, très petites dimensions, le mal n’est pas grand, au contraire, mais je puis affirmer ne jamais avoir accroché un carnassier avec une grosse cuiller papillonnante.

Avec la palette à languette percée, il ne peut en être ainsi, l’écartement étant limité par l’étroitesse du trou dont les bords viennent buter sur l’axe, dès que celui-ci n’est plus perpendiculaire à la languette ; un simple coup d’œil est plus convaincant que des pages de texte.

Il nous faut donc essayer de porter remède à cet écartement néfaste, bien que j’aie lu, dernièrement, une apologie du papillonnage. Étant donnée la notoriété de l’auteur, j’en suis resté éberlué, mais je n’admettrai jamais les bienfaits d’une telle gymnastique sur une grosse palette, même sur une moyenne.

Dans une cuiller à languette, si vous percez le trou non en plein milieu, mais à 1 millimètre à côté, vous êtes certain que la palette va tourner bien autour de l’axe et contre lui.

Peu de danger de collage contre le fil d’acier, les points de contact constitués par les rebords extrêmes de la palette n’étant que des arêtes vives ; une perle de cuivre placée au-dessus et contre la languette limite aussi l’écartement latéral sans gêner la rotation.

Pour la palette à étrier, le déplacement latéral du trou peut aussi jouer un rôle bienfaisant, mais la perle serait parfaitement sans effet.

Aussi est-ce dans la modification de l’étrier que nous chercherons le palliatif certain.

Il suffit de lui donner une forme spéciale que je ne puis mieux expliquer qu’avec un petit dessin ; la figure vous fera comprendre la raison de l’heureux résultat.

L’extrémité de la palette, si on a eu le soin de lui donner quelques millimètres de longueur, bute dans la gorge contre l’étrier et ne peut s’écarter trop généreusement de l’axe, tout en conservant son battement dans le sens latéral.

Là encore, quelques minutes d’examen vous montreront qu’il ne peut en être autrement.

Dans une cuiller à palette allongée et qui papillonne, c’est une vraie fronde qui heurte le nez du carnassier venant voir de trop près et, certes, le choc lui ôte l’envie de l’engamer.

Et si, par un grand hasard, il saisit la palette par côté, le triple n’est pas dans sa gueule et le ferrage est nul. On arrache la palette d’entre les mâchoires, on racle les dents du vorace et adieu pour longtemps ; il se méfiera.

J’ai toujours dit que la première attaque devait se terminer à l’avantage du pêcheur, sinon la réussite est bien compromise ; elle n’est cependant pas exclue.

Enfin, de tout cela, nous essaierons de tirer quelque chose pour remédier au papillonnage ; une petite pince vous permettra bien des corrections, soit à la maison, soit à la rivière : une simple torsion au-dessus du trou qui permet le passage de l’axe constitue souvent une butée suffisante pour contrecarrer le papillonnage.

Et je termine en m’adressant aux confrères de l’ultraléger, utilisant des palettes de 1 centimètre : laissez-les papillonner, elles paraîtront de petites nageoires, de petites ailes, et seront très attirantes.

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